La gastronomie islandaise a longtemps souffert d'une réputation austère — fondée sur des plats de survie comme le hákarl (requin fermenté) ou le svið (tête de mouton bouillie) — mais elle connaît depuis vingt ans une renaissance spectaculaire qui en fait l'une des scènes gastronomiques les plus créatives d'Europe du Nord.
Le poisson et les fruits de mer sont la base incontournable. Le saumon et la morue islandais sont parmi les meilleurs au monde — pêchés dans les eaux froides et pures de l'Atlantique Nord, ils ont une chair ferme et un goût d'une finesse remarquable. Le hareng mariné, l'aiglefin, le flétan et la lotte complètent une offre exceptionnelle. La langoustine islandaise (humarsúpa, soupe de langoustine), notamment celle pêchée à Höfn dans le sud-est, est une spécialité incontournable. Les crevettes nordiques, les pétoncles et les moules complètent une carte de fruits de mer accessibles dans toutes les villes côtières.
La viande d'agneau islandaise est légendaire. Les moutons islandais — race rustique introduite par les Vikings — pâturent en liberté toute l'estive dans les hautes terres, se nourrissant d'herbes sauvages, de bruyères et de mousses qui donnent à leur viande un goût unique. Le kjötsúpa (soupe d'agneau aux racines) est le plat de réconfort national, servi dans tous les bistros ruraux pour 15-20 €. Le hangikjöt (agneau fumé, traditionnellement à la bouse de mouton séchée) est servi en tranches fines, souvent froid avec sauce béchamel et pois.
Le pain de seigle islandais (rúgbrauð), cuit pendant 24 heures dans la chaleur géothermique enterrée à proximité de Geysir et d'autres zones thermales, est dense, sucré et profondément aromatique. Il accompagne traditionnellement le beurre frais et le saumon fumé. Le skyr, produit laitier islandais d'origine viking (un fromage frais épais et acide, riche en protéines), est devenu un best-seller mondial sous forme yaourt — mais c'est en Islande qu'on le mange le plus authentique, nature ou avec des baies sauvages.
La scène gastronomique de Reykjavik est remarquable : restaurants étoilés (Dill, premier étoilé Michelin du pays, fermé puis reouvert), tables nordiques contemporaines (Matur og Drykkur, Grillmarkaðurinn, Snaps), street food de qualité (les célèbres pylsur — hot-dogs de Bæjarins Beztu en plein centre, l'un des meilleurs au monde selon Bill Clinton qui en a fait sa publicité involontaire). Côté boissons, l'Egils et l'Einstök sont les bières locales de référence ; le brennivín (eau-de-vie de pomme de terre aromatisée au carvi, surnommée 'mort noire') est le digestif traditionnel.
Quant aux plats radicaux et marginaux — hákarl (requin fermenté à l'odeur d'ammoniaque), svið (tête de mouton bouillie), súrmatur (testicules de bélier marinés au lactosérum) — ils sont aujourd'hui plus folkloriques que vivants, servis principalement lors du festival de Þorrablót en février et dans les restaurants pour touristes en quête de sensations fortes. Ne vous obligez pas à les goûter : le vrai bon goût islandais contemporain est ailleurs.
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