La culture maoraise est l'un des trésors les plus singuliers du patrimoine français. Issue d'un peuplement complexe — Bantous d'Afrique de l'Est arrivés vers le VIIIe siècle, marchands arabes islamisés du XIIe au XVIe siècle, Malgaches Sakalava du XVIIe siècle, comoriens du XIXe siècle et Français à partir de 1841 — elle a généré au fil des siècles une mosaïque culturelle où l'islam sunnite chaféite cohabite avec des coutumes africano-malgaches et un statut juridique français.
La langue officielle est le français, mais le shimaoré (langue bantoue cousine du swahili et du comorien) est parlé par environ 60 % de la population, et le kibushi (dialecte malgache) par 30 %, principalement dans le nord et l'ouest de Grande-Terre. La transmission orale reste forte dans les villages. Quelques mots à retenir : "jeje" (bonjour), "marahaba" (merci), "karibu" (bienvenue, mot swahili partagé), "insha'Allah" (si Dieu le veut, expression du quotidien).
L'islam structure la vie sociale. Mayotte est musulmane à 95 %, de rite sunnite chaféite comme la plupart des musulmans de l'océan Indien. Les cinq prières quotidiennes rythment la journée, l'appel à la prière (azan) résonne depuis les mosquées, le vendredi est jour de prière collective. Le ramadan (mois variable selon le calendrier lunaire) est largement suivi, avec une vie nocturne animée et des repas familiaux après la rupture du jeûne (iftar). L'Aïd el-Fitr et l'Aïd el-Kebir sont les deux grandes fêtes annuelles. Les mosquées traditionnelles à toit de palmes (mosquée de Tsingoni, l'une des plus anciennes mosquées de France, fondée en 1538) sont nombreuses et visitables hors heures de prière.
La vie communautaire s'organise autour du village et du shungu (cercle d'entraide). Les voulés (mariages traditionnels) peuvent durer plusieurs jours et impliquent l'ensemble du village : préparation collective des plats, danses (m'biwi pour les femmes, mlélézi pour les hommes), chants religieux (debaa), distribution de cadeaux. Le m'biwi est un chant féminin a cappella accompagné de claquements de mains, classé patrimoine culturel immatériel. Les cases en banga (constructions traditionnelles colorées en torchis et bambou, construites par les jeunes hommes lors de leur passage à l'âge adulte) sont visibles dans tous les villages — peintes de motifs colorés, elles sont devenues un symbole de Mayotte.
Les tenues traditionnelles restent largement portées. Les femmes portent le salouva (jupe colorée drapée) et le chiroumani (foulard noué autour de la tête), ainsi que le m'sindzano (masque cosmétique à base de bois de santal, appliqué sur le visage pour la protection solaire et la beauté). Les hommes portent le kandzu (longue tunique blanche) pour les cérémonies et la prière du vendredi.
La musique et la danse occupent une place centrale : le m'biwi, le debaa (chant religieux féminin), le chigoma (danse masculine accompagnée de tambours), le mgodro (musique de fête). Les artistes contemporains (Diho, M'Toro Chamou, Babadi) portent cette tradition à un niveau régional.
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