La culture martiniquaise est née d'un mélange tragique et fertile : la colonisation française à partir de 1635, l'esclavage des Africains déportés de force pour travailler dans les plantations de canne à sucre (aboli définitivement en 1848), l'arrivée d'engagés indiens, chinois et levantins après l'abolition, et l'enracinement progressif d'une société créole originale qui a élaboré sa propre langue, ses propres musiques, ses propres mythologies. Cette créolité — théorisée par les écrivains martiniquais Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant et Jean Bernabé dans leur manifeste Éloge de la créolité (1989) — est l'âme profonde de l'île.
La langue créole martiniquaise, dérivée du français du XVIIe siècle enrichi de mots africains, caraïbes et indiens, est encore largement parlée dans la vie quotidienne, sur les marchés, dans les villages de pêcheurs et au sein des familles. Le français reste la langue officielle, administrative et scolaire, mais le créole est le ciment identitaire. Des artistes comme Aimé Césaire (poète, dramaturge, homme politique, théoricien de la négritude, ancien maire de Fort-de-France pendant 56 ans), Frantz Fanon (psychiatre et penseur de la décolonisation), Édouard Glissant (poète et théoricien de la créolisation) ont porté la voix martiniquaise au rang des grandes voix intellectuelles francophones du XXe siècle.
La musique martiniquaise est l'un des piliers de l'identité créole. La biguine, née à la fin du XIXe siècle à Saint-Pierre, fut la première musique caribéenne à conquérir Paris dans les années 1930. Le zouk, créé en 1979 par le groupe Kassav' (groupe martiniquo-guadeloupéen), a propulsé les Antilles françaises sur la scène mondiale et reste aujourd'hui l'une des musiques les plus populaires du monde francophone. Le bèlè, musique et danse traditionnelle d'origine africaine, accompagnée du tambour bèlè, est aujourd'hui en pleine renaissance dans les villages du nord.
Les yoles rondes constituent une tradition vivante singulière. Ces embarcations à voile, dérivées des canots des pêcheurs du XIXe siècle, sont propulsées par la force du vent et stabilisées par un équipage de jeunes hommes qui se déplacent sur de longs « bois dressés » horizontaux. La Tour des Yoles Rondes de la Martinique, course annuelle de huit jours autour de l'île (mi-juillet à fin août selon les années), est l'événement sportif et culturel le plus populaire de l'île : des centaines de milliers de Martiniquais et de visiteurs suivent les régates en bord de mer, dans une ambiance festive intense avec musique, restauration créole et ti-punch à profusion.
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